REFLEXIONS SUR LE MIROIR

Et si on tirait des plans sur la comète ? Je voudrais, une fois pour toutes, donner bonne conscience (s'ils ne l'ont déjà) à ceux qui ne se posent jamais de questions du genre :"Qui suis-je, d'où viens-je, où vais-je et dans quel état j'erre¹? Et bien vous avez raison de ne pas avoir d'angoisses métaphysiques, car il n'y a rien à comprendre, du moins pas avec ce qu'on a dans le bocal: comment un poisson rouge pourrait-il envisager ne serait-ce que l'ombre de l'ébauche du début de l'esquisse du commencement de l'amorce du projet d'avoir une idée, même très… vague, de ce qu'est l'océan dans toute sa démesure et sa diversité ? Comment nos ridicules petites méninges pourraient-elles avoir la sotte prétention de saisir le cosmos, ça rentrera jamais, je l'avais calculé avant même d'avoir le certof², c'est dire si la problématique est puérile. D'ailleurs ma mère me le répétait toujours: "Faut pas avoir les yeux plus gros que le ventre" et je me retrouvais souvent tout con à pas pouvoir finir l'assiette.

Si l'on se rapporte à l'échelle temporelle de l'évolution des espèces, les valeureux mammifères que nous sommes sortent à peine du bain originel (via les reptiles, et certains rampent encore, hein, c'est fossile à comprendre), il n'y a que quelques centaines de millions de printemps: c'est pas grand chose par rapport à 15 milliards d'années avant Jésus-Christ, puisque c'est la date à laquelle les scientifiques font remonter le Big Bang (horaires non communiqués), mais par rapport à l'éternité3 ça ne résout absolument rien puisque cette théorie fumeuse (!) ne parle pas de ce qu'il y avait avant le mégaboum, sinon pour dire que l'univers primordial était un gaz formé de particules et d'antiparticules… UN GAZ !!!  

C'est ça, et ce serait le grand barbu là-haut qu'aurait fait son gros prout, et il aurait même pété plus haut que son… fondement, et donc nous sortirions tous de l'anus divin, remarquez, ça pourrait expliquer certaines choses.

Vous zavezu vent de l'affaire vous? Il en a pas soufflé mot le Jésus, ou alors ça lui a aura échappé, pensez, au bout de 15 milliards d'années, il ne se souvenait pas que son père s'était oublié. Mais bon, trêve de billevesées, on ne battit pas une théorie sur des flatulences, et comme l'on si bien dit les anciens, "Rien ne vient de rien, tout est dans tout", notez qu'en plus c'est réversible, le contraire est aussi vrai.

Vous me répondrez, et vous aurez raison, que ça aussi ne nous avance pas à grand chose, mais c'est quand même ce qui reste de plus acceptable pour notre entendement, car avec notre petit crâne de piaf, comment voulez-vous entraver quoique ce soit à ce qui se passe sur et autour de notre astéroïde ? Déjà quand bobonne revendique ou quand le petit fait sa crise d'adolescence, on est pris de court, alors pensez, le pourquoi du comment de l'univers, on est pas de taille à lutter, on n'est pas armés, on n'a pas les outils.

Mais soyons pas complexés, inutile de se biler et de somatiser jusqu'à l'ulcère, même Pascal (Blaise, pour sa frangine), ce génie précoce, avouait franchement dans ses "Pensées" (publiées en 1670, après sa mort, à 39 ans, quel fainéant!): "Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie", alors nous, le vulgum pecus (non, pas le papier toilette, mais ceux qui l'utilisent), kesse-vous voulez qu'on fasse ?

On peut toujours se torcher, mais quand les grands esprits ont le trouillomètre à zéro, chez nous (les minus) il fait tout de suite –40º, c'est la Sibérie avant que le mur ne tombe (et depuis, il fait encore plus froid). Enfin, c'est mathématique, arithmétique, géométrique, algébrique, ouais, ça casse pas des briques: on ne peut pas mesurer la muraille de Chine avec l'auriculaire ou bien la mer avec un dé à coudre.

Tenez, imaginez l'inconcevable: en parlant de doigt, pointez en un, le majeur de préférence, vers le ciel étoilé (comme quand un mec ose vous doubler sur l'autoroute) et faites en partir une droite bien rectiligne: c'est le plus court chemin entre deux points mais celle-ci ne s'arrête jamais, ni devant ni derrière. Avouez que l'exercice est ardu, voire tordu: on se met vite à loucher, car pour nos quelques grammes de matière grise, un ligne a forcément un début et une fin.

D'ailleurs, c'est pas moi qui le dit, voyez Voltaire dans son Dictionnaire philosophique (1764): "Ce qu'on peut affirmer sans crainte, c'est que Dieu est infini, et que l'esprit de l'homme est bien borné"4. Alors, justement, vous me direz "Et Dieu dans tout ça ?" Et ben ça aussi c'est vite classé: comme on l'a vu plus haut, on ne peut décemment pas admettre qu'un seul individu, fut-il celui qu'on prétend qu'il est, soit responsable de tout ce merdier et en plus, on a besoin de personne pour nous y mettre, depuis le temps qu'on s'est fait la main, on sait très bien comment s'y prendre, non mais !

Camarades, si on partait du postulat (ou tu l'as pas) que, comme disait Blaise, l'univers soit vraiment éternel et infini, non mais rendez-vous compte, on serait beaucoup plus peinards, vous croyez pas, biscotte, si c'est le cas, à nous la bonne excuse, la justification, l'échappatoire, la grâce exquise, l'alibi, l'amnistie, le grand pardon, l'exonération, l'acquittement, la remise de peine (à jouir), l'effacement de la dette, la relaxe pure et simple, la décharge collective et… publique, le passage d'éponge, la disculpation, l'amende très honorable, le non-lieu, l'arrêt des poursuites, l'absolution finale et rédemptrice, la réhabilitation, la consécration, le couronnement et la fierté de pouvoir enfin arborer crânement notre bonnet d'âne sous l'obscure clarté qui tombe des étoiles.

Pourquoi ? Ah bon, y'en a encore qui demandent pourquoi ! Et bé, c'est tout simple coco, si l'univers est éternel (donc innascible, qu'est pas né, quoi), sans commencement, ni fin, c.a.d. infini dans le temps comme dans l'espace, notre esprit lui, est bien fini, coincé entre deux dates (c'est marqué sur les pierres tombales).

Notre cerveau, qui serait le siège des facultés mentales (on n'en est même plus très sûr, c'est peut-être le siège d'autre chose en fait), ouais, notre pâté de tête, on peut le mesurer en cm ou en pouces à la rigueur (mais faut du doigté), alors avec un instrument aussi limité (pour pas dire rikiki), comment voulez-vous essayer de comprendre (i.e. prendre avec, vous suivez ?) ce qui justement est incommensurable (comme la bêtise, que je ne qualifierais pas d'humaine pour ne pas faire de pléonasme) et par le fait même ignore superbement toute notion de limite.

Ca peut pas marcher, en tous cas, pas de suite, faudra retrouver une certaine innocence, voyez le travail, puisque comme disait le Petit Prince, "On ne voit bien qu'avec le cœur", mais lui, il venait d'une autre planète, et nous, terriens, et même témoins que rien… n'arrive jamais seul, on n'est pas prêts d'ouvrir les yeux, d'autant plus que pour bien faire, paraît qu'il faut les fermer, le regard intérieur qu'y disent.

Moi j'ai déjà essayé, je m'endors au bout de 3 minutes et je me réveille toujours aussi niais, même qu'un jour je me réveillerai mort et j'aurai toujours pas compris, et je crois que je ne serai pas tout seul, songez aux milliards d'abrutis dans mon genre (vous pouvez vous sentir visés, je tire à blanc) qui ont passé l'arme à gauche (ben oui, les défunts sont tous politiquement corrects) sans avoir pigé ce qu'on était venu faire, quel gâchis, d'autant plus qu'y en a qui disent comme ça qu'on revient plusieurs fois jusqu'à ce qu'on ait compris, et il semblerait qu'on soit de plus en plus à pas comprendre, ou alors on y prend goût et on rempile en quelque sorte, comme ça, pour le fun', ou alors quand on n'a pas satisfait un désir quelconque, oui quel con, que voulez-vous c'est humain, sais-tu maintes fois les rêves ne se réalisent pas et il faut revenir avec les mêmes tendances monomaniaques faire chier ses parents (qui l'ont bien cherché), la nourrice s'il y a lieu, l'instit', les profs, les amis, les patrons, les collègues qui ont eux-mêmes leurs vies antérieures à assumer.

Et pourquoi on ne s'en souvient pas des vies antérieures ? Fastoche la réponse: demandez au premier gourou venu, c'est le b.a. ba (i.e. baba): on oublie tout dans le ventre maternel, je sais pas si c'est le liquide amniotique, mais paraît qu'au moment de la gestation, la mémoire se vide comme naguère les bourses des célibataires le jour de la paye, ou alors, pour faire moderne, comme un disque dur quand on le reformate, et tous les fichiers ne sont pas effacés, alors on conserve des tendances (en anglais: cookies).

Enfin bref, alors que le progrès est supposé nous simplifier la vie, tout devient de plus en plus complexe (même les cinémas), et puis d'un côté on parle de la détestable pensée unique et de l'autre les nouveaux philosophes nous embrouillent avec leurs nouveaux concepts du genre: Connais-toi toi-même, cultive ton jardin et tant que t'y est sors aussi les poubelles, ou alors, Ne creuse pas ta tombe avec tes dents, prends plutôt une fourchette, ou L'appétit vient en mangeant la pépie part en buvant, et La fortune vient en dormant suffit de la réveiller (elle est somnambule ?), Fais à ta voisine ce que tu voudrais qu'elle te fasse, Vis comme si tu ne devais jamais mourir et meurs comme si tu n'avais jamais vécu, Le dernier voyage commence toujours par un trépas, L'infâme est l'avenir de l'homme, Aide-toi le logiciel t'aidera, Le travail libère l'ibère et le gallo-romain, Plus on est debout plus on a des varices, Chacun détient la clé du mystère reste plus qu'à trouver la serrure, Passe donc de l'autre   côté du miroir tu auras moins de réflexions, Sois polychrome si t'es pas jolie môme, Charité bien ordonnée commence toujours par les mêmes, L'amour est un feu qui dévore l'envie de chier c'est plus fort encore (et oui, un jour ou l'autre faut rendre à la terre ce qu'on lui a pris), Quand on a fait au lit on se douche, A moment donné on ne regarde pas le temps (qui passe comme un cheval au galop en riant de toutes ses dents), Pour jouer de malchance, Enghien vaut mieux que Bora Bora, Il n'y a qu'une chose qui soit permanente c'est l'impermanence, et La seule certitude, c'est qu'il n'y en a pas (de certitude), donc Sois fidèle à l'inconstance car il n'y a pas que les sans-domicile qui changent d'abri et vous savez que l'abri n'effraie pas l'iguane, aussi je retourne dans mon antre, et si on demande après moi, répondez qu'il n'y a pas de lézard au soleil de la versatilité, il n'y a que des caméléons !

Raymond Vergé

 

¹Pierre Dac (1893-1975) avait même judicieusement répondu :"Je suis moi, je viens de chez moi et j'y retourne!".

Addition à la note: si j'emprunte des devises qui ne sont pas sans intérêt, c'est pour ajouter à mon crédit…

²Certificat d'études primaires (CEP) supprimé en 1989 (en France métropolitaine) et remplacé par… le baccalauréat.

3 "L'éternité, c'est long, surtout vers la fin", cette délicieuse boutade de Kafka reprise par Pierre Desproges illustre bien le fait que c'est un concept absolument insaisissable par l'intellect.

4 Vous aurez noté que Voltaire affirme sans crainte, alors que Pascal, l'infini, ça l'effraie… Même eux, y sont pas d'accord, comment voulez-vous qu'y 'ait point d'guerre, ma pôv 'dame !



13/09/2008
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