Gribouillis indigestes/verbigération

"Pendant que, déployant ses voiles, l'ombre, où se mêle une rumeur,
semble élargir jusqu'aux étoiles le geste auguste du semeur."
(Victor Hugo, Les Chansons des rues et des bois)

Gribouillis indigestes et des nuées de sens

 

          Les phrases qui suivent n'ont pour seul principe que de s'écrire toutes seules, d'abord à partir d'un "pré-texte" issu d'un vague brouillon d'inculture, puis se nourrissant de leur propre jus, s'alimentant sans cesse par une autosuffisance… insolente, sous perfusion continue avec elles-mêmes et produisant leur encre sympathique via un procédé autographique bien connu des pisseurs de copie, écrivassiers, gratte-papier et autres plumitifs, qui consiste à puiser dans l'océan des mots sans idée préconçue mais de façon purement jubilatoire, au gré d'une fantaisie toute naturelle, ne répondant à aucune règle ni à aucun besoin, si ce n'est de rétablir des liens de cause à effet, quitte à noyer le poisson sous une logorrhée en langue de bois, par un enchevêtrement de variations et de glissements sémantiques, un enchaînement de dérives sémiologiques, de dérapages phonético-syntaxiques, de rebondissements à double sens, voire plus si affinités, car leur dessein est de paraître pour mieux disparaître, spontanément générées par des siècles de verbiage, aussitôt englouties dans la réserve et la bonne tenue, mais toujours prêtes à ressurgir en filigrane ou en surimpression, utilisant des subterfuges prosaïquement inavouables afin de satisfaire leur instinct de conservation, pour ne pas dire à leur sens inné de la coquetterie qui, à la longue, est devenue quelque chose comme une de leurs raisons d'être, se frayant des chemins détournés dans les abysses de l'univers mental, frayant entre elles pour se mieux féconder tout en s'effrayant de leur propre faconde mais n'ayant pas d'autre modus vivendi que de se multiplier et se reproduire ad libitum dès que l'occasion se présente, que ce soit au milieu d'une figure de rhétorique ou au dos d'une simple image, annoncée par une pirouette qui ressemble fort à une embuscade tendue comme une passerelle entre plusieurs discours apparemment étrangers; les premiers pas sont timides et déjà le doute plane sur le bien-fondé de ce pouvoir discrétionnaire; la progression se fait d'abord hésitante, à telle enseigne qu'on se met à chercher des repères biologiques capables d'assumer d'aussi improbables filiations avec les collatéraux de bande dessinée dans les choux par une nuit sans lune mais avec un certain brio venu la saluer en agitant son panache, de guerre lasse, devant ses yeux, écart qui est, soit dit entre nous, le meilleur moyen d'arriver aux extrêmes sans prendre de risques calculés par une opération coup de poing à la ligne de chemin de fer dans un gant de velours comme un cheval mort d'une glissade au sommet de la gloire atlantique laissant entrevoir des paysages d'une belle facture, certes, mais qui prêtent le flanc de colline à l'usure du temps présent sur tous les fronts où il n'y a pas lieu de s'alarmer jusqu'aux dents malgré la morosité ambiante et en acier trempé dans des affaires louches, voire de myopie, de sombres histoires d'en avoir le cœur net d'impôt sur le revenu de leur surprise de taille, deux poids et deux mesures à l'encontre des plus démunis devant tant de mépris des règles les plus élémentaires, mon cher Watson, retournez à vos chères loques et numérotez vos abattis comme une armoire à glace réfléchit sur l'opportunité de suivre une démarche trébuchante le jour et pèse la nuit en nombre d'amoureux transis, stores baissés sur la rumeur du monde, à l'envers du décor de façade, à l'endroit des ombres chinoises qui se fondent dans une fièvre des sens interdits, médusés jusqu'à la corde, sensibles à tous les transports en commun, des morts telles que le bonheur vous étouffe sous ses vagues précises, précieuses, déferlantes, très lentes, plaisir insupportable de salon grande époque épique, échos des grammes d'Amsterdam, nations mises au ban, public mis au pied du mur exécrable, témoin que rien dans la triviale poursuite des chiffres et des lettres affranchies de l'ex-clivage rouge/blanc, tout fou, le camp, tout doux le vent, d'autant plus éprouvant par l'absurde oreille ennemie de pain parasol, aire de repos dominical, cul-de-basse-fosse d'aisance sans aplomb mais vue imprenable sur le siège du parti pour rester dans toutes les mémoires d'outre-tombe comme des moucharabiehs dans les palais des mille et une nuits sur le mont chauve qui peut le plus peut le moins que l'on puisse dire c'est rien du tout comparé à ce que vous n'aviez pas encore inventé comme trésors cachés dans les limbes du sommeil agité, avant l'emploi de formules à l'emporte-pièce montées sur de grands chevaux qui frisent les barbelés de leurs belles crinières déployées en oriflammes du soldat inconnu au bataillon des croupières cousues de martingales surannées de plomb dans l'aile ou la cuisse de Jupiters cacochymes lorgnant des Vénus callipyges, Edwige, et des nymphettes aux moules de bouchot devant, faites marcher la blanquette du Graal, envoyez les walkyries vendredi, dimanche de chemise à mort le tyran d'eau, ré mi fa sol la si ma tente en avait ce serait le comble pour un grenier de cet acabit, coque brisée menu de gala, va comme je te pousse au crime contre la sureté de l'État de siège pontifical, feutré comme il se doit, de la main courante et galopante, douce à 20% de matière grasse, au ciel de lit, tes ratures ne font rire personne…

Raymond Vergé



22/03/2008
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