Avertissement au lecteur

            La plupart du temps, je trouve que tous mes rêves sont absurdes et dérisoires, donc je me réveille souvent avec soulagement, en maudissant mon esprit de produire d'aussi lamentables inepties et je m'empresse donc de les oublier. A fortiori, j'ai donc aussi horreur que l'on me raconte un rêve, même quelqu'un de très proche, car je trouve cela inutilement pénible à écouter, aussi je me mets à ta place, toi qui vas peut-être lire ces lignes jusqu'au bout...

          Cette nuit, j'ai fait un rêve [merveilleux!]; j'ai rêvé que je volais, c'était fantastiquement délicieux, cette impression de liberté totale et de contrôle absolu, de facilité incroyable et de joie sans limite(s), d'apesanteur toute charnelle et de jouissance indicible. Il me suffisait de faire quelques pas rapides, pour la… forme, puis d'exercer une légère pression des orteils, pour entrer par une cabriole dans la quatrième dimension et me retrouver propulsé dans les airs, planant au-dessus des toits, virevoltant au ras des cimes des arbres, ivre d'un bonheur insoupçonné, sans avoir consommé quoique ce soit.

          Je me sentais d'une lucidité fulgurante, il me semblait avoir déchiré un voile, comme si je me réveillais après une longue nuit obscure. Ce rêve fut entrecoupé de réflexions conscientes, et chaque nouvelle voltige (réamorcée volontairement) me rendait la chose complètement familière et à la fin j'avais oublié qu'il fut un temps où je ne volais pas, j'avais retrouvé mon état naturel après une paralysie, un passage à vide.

          Je me déplaçais partout à ma guise, sur un simple coup de tête ou d'une intention dans le regard. Je me saisissais d'objets inaccessibles, perdus depuis la nuit des temps et qui attendaient que je les déplace: ils accompagnaient mes mouvements d'un enthousiasme plein de reconnaissance.

          J'avais le sentiment durable que rien ne pourrait jamais plus entraver mes gestes et que j'avais soudain conquis les espaces infinis, dans la vision glorieuse d'une aurore éternelle.

          Cette réalisation fut telle qu'au matin, je quittais mon lit sans l'habituel déchirement propre à tout accouchement. Maintenant que j'y pense, je me demande si mon soi-disant état de veille (actuel) n'est pas que le vieux souvenir déformé, bancal et boiteux, d'une existence radieusement fluide…

Raymond Vergé

          «L'homme n'est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête» (Pascal, 1623-1662)



22/03/2008
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