Anniversaire royal: 85 ans le 5 décembre 2012

          Sa Majesté le Roi Bhumibol Adulyadej (prononcer Phoumiphon Adoulyadet) est né le lundi 5 décembre 1927, au Mount Auburn Hospital de Cambridge, Massachusetts, U.S.A., troisième et dernier enfant de Son Altesse Mahidol (prononcer Mahidon), Prince de Songkhla, et de la Princesse Sri Sangwan. Le Prince Mahidol (frère cadet du Roi Prachadhipok et fils du grand roi Chulalongkon, Rama V) était en train de terminer ses études de médecine à l'université de Harvard. Il devait mourir à Bangkok 2 ans plus tard (le 24 septembre 1929) d'une complication rénale, après avoir initié la modernisation de la profession médicale en Thaïlande. Son épouse, elle-même infirmière formée au Simmons College de Boston (Massachusetts), se retrouvait veuve à 29 ans. En 1933, elle obtint de partir en Suisse avec ses trois enfants (Ananda, Kalyani et Bhumibol) et toute la famille s'installa dans un appartement, à Lausanne, au 16 de l'avenue Tissot.

          La raison principale de ce long séjour au bord du lac Léman était d'y soigner la santé fragile du prince Ananda Mahidol, héritier en titre de la couronne. Les évènements allaient s'accélérer puisque le 2 mars 1935, le Roi Prajadhipok (c.-à.-d. "Lumière du Peuple") [Rama VII], abdiqua, trois ans après le coup d'état qui avait transformé, en douceur et sans effusion de sang, la monarchie absolue, vieille de sept siècles, en monarchie constitutionnelle. Le gouvernement et toutes les «forces vives» de la nation thaïe demandèrent à la princesse-mère de leur donner son fils, Ananda, comme nouveau souverain, même s'il était encore trop jeune pour monter sur le trône. Forte de ce statut royal, la famille emménagea dans une résidence plus cossue, à Pully, une ville voisine (canton de Vaud).

          C'est ainsi que le jeune prince Bhumibol Adulyadej devint élève de l'École Nouvelle de la Suisse Romande à Chailly, et qu'il obtiendra son baccalauréat au lycée (appelé «Gymnase Classique Cantonal») de Lausanne. Il s'apprêtait ensuite à intégrer l'Université de Lausanne pour y suivre des études scientifiques, lorsque, le 9 juin 1946, à Bangkok, survint le décès de son frère aîné, Ananda Mahidol, le [déjà] Roi Rama VIII, un an à peine après son retour en Thaïlande, trouvé mort dans sa chambre, à l'âge de 21 ans, tué par un mystérieux coup de feu dans la tête.

          Pour la seconde fois en dix ans, Le gouvernement et toutes les «forces vives» de la nation demandèrent à la [désormais] reine-mère de leur donner son autre fils, Bhumipol, comme nouveau roi, même s'il était encore trop jeune (lui aussi) pour monter sur le trône. S'en suivirent cinq années de régence pendant lesquelles le jeune souverain acheva ses études en Suisse, dans le domaine des Sciences Politiques, cette fois, afin de se mieux préparer à la fonction royale.

          En 1947, alors qu'il était en visite en France, et plus précisément au château de Fontainebleau, il rencontra Mom Rajawongse Sirikit, fille de l'ambassadeur de Thaïlande à Paris. Ils se fiancèrent deux ans plus tard, le 19 juillet 1949 et la future Reine Sirikit, qui apprenait alors la musique classique à Paris, s'en vint (ou s'en alla) poursuivre ses études à "Riante Rive", un prestigieux pensionnat lausannois. Puis, le 24 mars 1950, les fiancés retournèrent à Bangkok et la cérémonie de mariage eut lieu le 25 avril suivant. Le peuple thaï était en liesse: cela faisait quinze ans (depuis l'abdication de Rama VII) qu'il n'y avait pas eu de couple royal au Grand Palais.

          Une semaine plus tard (i.e. le 5 mai 1950), la cérémonie du couronnement se déroula en grandes pompes. «Nous règnerons avec l'aide du Dharma (la Loi, l'enseignement bouddhique) pour le bien et le bonheur du peuple siamois». Telle fut la promesse solennelle (et traditionnelle) que fit le roi Bhumibol Adulyadej (Rama IX) après avoir posé sur sa tête la couronne d'or de la dynastie des Chakri.

          Son nom, d'origine [forcément] sanskrite, qui lui avait été donné par son oncle le Roi Prachadhipok (pracha=peuple et dhipok=lumière), se traduit par "Protecteur de la terre, glorieux et sans pareil" et il s'en est montré fort digne depuis son accession au trône, puisque, avec la Reine Sirikit, il n'a pas cessé de veiller au bien-être de ses sujets. Passent les gouvernements et leurs premiers ministres, le roi demeure toujours égal à lui-même. Il est le phare de la nation, puisant son propre "combustible" dans un sens inné du dévouement et dans un engagement sans faille.

          Remarque conclusive: depuis la révolution "pacifique" de 1932, la Thaïlande a eu 27 Premiers Ministres, 56 Gouvernements, et la Constitution a été modifiée 16 fois. D'une part, le rôle de l'armée reste déterminant et quelque 20 coups d'états, effectifs ou avortés, ont, à des degrés différents, perturbé l'évolution politique, mais sans freiner le développement socio-économique. D'un autre côté, bien que ses pouvoirs soient limités par la constitution, le couple royal continue d'avoir, pour le pays, un rôle éminemment fédérateur, donc stabilisateur. Force est de constater que le respect et l'amour du peuple thaïlandais pour le roi et la reine sont sans doute plus profonds que jamais. Longue vie à Leurs Majestés.

                                                Raymond Vergé

 



24/08/2008
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